Eau secours 34 veut un vote citoyen sur la régie de l’eau
Le collectif Eau secours 34 (CAPE) demande le retour à une régie publique de l’eau à Montpellier. Soutenu par des élus locaux ainsi qu’un député, il interpelle les 90 élus du conseil d’agglomération, qui voteront cet été le maintien – ou non-, de la délégation du service publique à Veolia. Pour les sympathisants de CAPE, « l’eau privatisée n’est pas une chose déjà tranchée ».
Le collectif citoyen CAPE vient d’ouvrir les vannes du débat sur le retour à une gestion publique de l’eau dans la communauté d’agglomération. Ses membres ont animé deux réunions d’information, la semaine dernière, dans la Salle Guillaume de Nogaret à Montpellier et dans le complexe polyvalent de Clapiers. Au total, environ 250 personnes ont assisté à ces révisons citoyennes. Après des enseignements géographiques, économiques et sociaux, le collectif, a laissé parler des élus qui l’appuient CAPE dans son action. Cela suffira-t-il à convaincre les 90 membres du conseil d’agglomération de revoir leur copie ?
La question qui est posée au conseil d’agglomération est simple : souhaitez-vous revenir à une régie publique de l’eau telle qu’elle a existé avant 1989, l’année où Georges Frêche a signé un contrat de délégation de service public avec Veolia ? Le vote aura lieu le 13 juillet prochain. Les conseillers d’agglomération ont le choix entre trois options : maintenir Veolia Environnement à la tête de ce marché juteux – la multinationale verra son contrat s’arrêter fin 2014-, ordonner la nomination d’un nouveau délégataire d’origine privée et, la troisième possibilité, revenir à une régie publique de l’eau.
Ce 3e choix aurait des avantages financiers pour les 420 000 usagers des 31 communes de l’agglomération. Le changement des services en régie publique de l’eau a permis aux consommateurs de réduire le poids de leur facture dans plusieurs communes : à Tours, à Evry, Rennes ou encore à Lyon, où une baisse de 27 % des prix a été possible. Car la facture de la régie publique de l’eau paie… uniquement l’eau. CAPE demande donc l’organisation d’une « votation citoyenne à Montpellier. L’eau, c’est juste une question de bon sens. Les citoyens ne peuvent pas être tenus à l’écart de cette question », estime Anne Roux, la présidente du collectif héraultais et spécialiste de ce sujet.
Jean-Louis Roumegas, député EELV de l’Hérault et conseiller municipal de Montpellier s’est demandé « pourquoi le débat est-il déconnecté de l’élection municipale de 2014 ? ».
"Quelle eau pour demain ?", demande l’agglo, "quelles sont vos priorités ?", réplique le collectif
De fait, la commission Eau et assainissement de Montpellier Agglomération a déjà décidé de son calendrier. Se proposant « d’engager une large concertation sur le thème ‘’Quelle eau pour demain ?’’ ». Elle promeut dès-lors sa « démarche participative innovante ». Et distribue des fiches de presse résumant lson « schéma général de concertation ». Cette méthode est fondée sur une double rencontre avec les citoyens : lors du Forum sur l’eau, début mai et sur trois week-ends de réflexion et d’ateliers, pour un panel de dix-huit citoyens – et non 25 comme annoncé initialement-, sélectionnés afin de sonder la population montpelliéraine. Une méthode en huis-clos que critique CAPE
« On a proposé des rencontres pour que les élus aient un 2e son de cloche. Nous n’avons toujours pas eu de débat dans de bonnes conditions », souligne Anne Roux. La présidente et les sympathisants de CAPE reprochent à Montpellier Agglomération sa distance de la population : « Le huis-clos tel qu’il nous a été présenté ne constitue pas un panel; la méthode n’est pas celle requise pour questionner les usagers. » CAPE semble donc proche d’une tendance à la contestation plus globale de la gestion de l’eau en France.
« Je ne voudrais pas que le débat soit volé. Je pense que nous devons l’avoir sur les ajustements prioritaires. Il y a un enjeu social, financier et environnemental. L’eau est une ressource rare », substitue Jean-Louis Roumegas, pas avare en critiques sur la marchandisation de l’eau en France : « C’est la logique de multinationales trop puissantes pour nos petites collectivités locales qui me heurte, pas le clivage public / privé. On se rend compte qu’il y a eu un dérapage dans la gestion. Le mouvement de retour en régie publique est presque toujours synonyme de la baisse du prix moyen pour l’usager ». A Montpellier, entre 2009 et 2013, le prix du m3 a augmenté de 2.85 %, quand l’inflation atteignait 2.07 %. En fait, la France fait figure d’exception : aux États-Unis, 88 % des citoyens sont servis par des entreprises d’eau municipales publiques. La privatisation de l’eau n’a pas touché des pays tels que la Suisse, la Suède, les Pays-Bas ou le Québec.
La porte-parole et les soutiens de CAPE rappellent que les citoyens ont perdu leur contrôle sur l’eau. « Engager une réflexion sur ce sujet, ce n’est pas une sinécure », assure Thierry Ruff, ingénieur de recherche à l’Institut de Recherche et de Développement de Montpellier et conseiller municipal de Jacou. «Les schémas sont complexes et les cartes rares. Il y a une ville centre, Montpellier, qui a la prétention de décider pour l’ensemble des communes. Elle pèse 50 % des votes au sein du CA. Pratiquement toutes les ressources en eau se trouvent en dehors de l’agglomération de Montpellier. »
Un élu de Saint-Jean-de-Védas s’est prononcé en faveur de la consultation de tous les conseillers municipaux. Il a dit regretter « l’impossibilité de dialoguer ». Et de citer Edgar Morin : « L’eau, la mère de la vie ». Ses propos peuvent être rapprochés de ceux de René Revol, le maire de Grabels, lors d’un interview avec l’hebdomadaire L’Agglorieuse (le 23 janvier 2013) : « C’est un bien public qui doit être géré par la collectivité publique, afin de permettre une tarification sociale et une préoccupation écologique. Les premiers m3 doivent être gratuits ».
Plus près du centre, cette confidence d’une militante écologiste, proche de M. Roumegas, sur la maire de Montpellier, Hélène Mandroux, qui voudrait également voter pour une régie publique. Alors que Veolia transfère aussi de l’eau du Rhône dans le département, un autre élu se fâche : « Qu’ils effectuent d’abord les réparations qu’ils étaient censés faire sur les canalisations existantes ! ».



















Lundi, place de la Comédie. Ces Indignés misent sur leur "force de persuasion". Ils sont cinq à dormir ici, dont deux louent un appartement à Montpellier.


